Pour mon plaisir et en écho à l'article de ma p'tite feuille sur l'île de Ouessant, ce merveilleux titre de Julien Clerc écrit par l'un des Jean-Louis de ma vie, Murat-Bergheaud pour ne pas le nommer
Quand femme rêve... Un cerf-volant Fort sous la neige Docile au vent Un attelage Un traîneau Passe au plus près De ma peau
Toujours l'entraîne Le goéland Le coeur en peine Vers Ouessant L'entraîne Le goéland Là-bas Vers Ouessant
Prince de Clèves Rue Corvisard Prisonnier d'elle Sous un hangar
Où elle extrait La moelle de mes os Comme fait busard Au louveteau
Pour du bonheur à partager Elle prend mes je t'aime Mes baisers Comme grand lézard là-haut Elle boit mon sang Comme l'eau
Toujours l'entraîne Le goéland Le coeur en peine Vers Ouessant L'entraîne Le goéland Là-bas Vers Ouessant
Quand femme rêve... Un cerf-volant Fort sous la neige Docile au vent Un attelage Un traîneau Passe au plus près De ma peau
Le soleil brillait fort hier après-midi, rien de tel pour me donner envie de me ressourcer et me changer les idées dans ma campagne. J’étais pelotonnée dans de multiples épaisseurs de laine, non loin du chauffage, aussi, c’est avec plaisir que j’abordais ma promenade à venir.
Alors que j’avais en tête de venir rendre visite à un « habitant à plume » plutôt hors norme dans mes contrées, ce sont des milliers de pigeons qui ont créé la surprise...
Il y en avait tellement, du blanc, au gris, en passant par le gris bleuté, je ne savais plus où regarder…
D’un champ à l’autre, ils se posaient, mangeaient quelques graines, pour mieux s’envoler. Bien que je sois postée loin de cette colonie hivernale, couleur « papier journal », le mode « alerte » était enclenché…
Pas de doute, je vous le dis, ce ne sont pas des hirondelles ! Elles sont à cette heure en Afrique…
Après avoir effectué des tourbillons, looping, à tire d’ailes, au fur et à mesure de mes tours et contours, à coups de clic et de clac…
En quelques secondes & en coeur, la Compagnie « Pigeons » effectua l’envol final…
depuis hier je le tiens enfin entre mes petites mains, je ne m’en lasse pas. Alex Beaupain a su me porter, m’emporter, m’enrouler, m’envelopper, me charmer, dans un univers, son univers que j’aime tant, découvert il y a peu pourtant.
S’il est un bijou dont il faut apprécier toutes les facettes, tels des éclats de diamants qui savent ' toucher couler ' pile coté cœur, c’est bien celui-ci.
L’intégralité des titres me plaisent sans exception aucune, mais c’est vrai qu’il en ressort un qui me prend au plus profond, sans doute fait-il résonner des sentiments’émotion… il m’a mené hier soir en boucle jusque tard bien tard dans la nuit… je n’arrivais plus à faire “ le Clic sur le Stop ” de fin.
Un moment que Patrick Bruel ne m'avait fait “ tendre l’oreille ”, c’est avec “ Lequel de nous ” que je me suis posée.
Signe contre signe, il est du 14 mai 1959, je suis du 14 mai 1970, impossible de ne pas se ressembler “ un peu ”, tant par nos caractères, que par nos goûts artistiques. Si j’ai suivi d’autres routes musicales ces dernières années, je vais sans aucun doute rejoindre celle de Patrick à la croisée des chemins de 2013.
Je vous propose de l’écouter…
Post-scriptum du soir (merci à toi Luc... instant de grâce)
Paul s’était évaporé dans la nature. Je me rendais compte que je n’avais pas bougé le petit doigt pour le retenir. Vers quel pays, quel port avait-il dirigé ses pas ?
Ω Ω Ω
Je me retrouvais seule dans cette chambre d’hôtel à écouter cette musique mariachi, vague souvenir d’une adolescence trépidante et mouvementée.
Cette époque depuis longtemps révolue me semblait à la fois si proche et si lointaine. Le ronron du ventilo tournait à plein régime, il m’empêchait de sombrer dans un sommeil que j’aurais voulu éternel.
Trois coups légers me firent sursauter.
Inquiète, je me levai sans grande conviction. Personne ne savait que j’étais dans ce pays où je ne serais jamais au grand jamais venue me perdre s’il n’y avait eu Paul.
- Oui !
A peine avais-je ouvert la porte, je sentis une main se plaquer sur mon visage, ma bouche, une voix d’homme me susurra à l’oreille d’un air menaçant :
- Ne bouge pas ou j’te crève ! Dis-moi où ton mec a planqué les papiers et le pognon !
Mon sang ne fit qu’un tour, j’avais l’impression que mon cœur allait exploser.
- Quoi ?! Non mais vous êtes cinglé ! Je ne sais pas de quoi vous parlez ! Vous vous trompez de personne…
- Tu vois ce couteau et ce colt bellissima, si tu n’veux pas que je m’en serve, il vaut mieux que tu allonges tout ce que tu sais et rapidos ! Comprendes ?
- Quel papier ?
- Ne me dit pas que ce con de Paul ne t’a pas tenu au courant de son petit business ! Comme si tu ne connaissais pas son rôle d’agent double pour le gouvernement ?
Mes jambes étaient en coton, je tombai tremblante sur le bord du lit.
- Non… rien !
L’inconnu qui empestait le cigarillo, avait une voix nasillarde, un regard d’acier. Il se dirigea alors vers la sortie sans piper mot. D’un demi-tour sec, il lança :
- Tache de te renseigner et de le recontacter, sinon… son geste significatif ne faisait aucun doute quant au sort qu’il me réservait. Il n’hésiterait pas à me tuer.
Ω Ω Ω
J’étais sonnée.
Dans quel merdier Paul s’était encore fourré ? Agent double, j’aurais tout entendu ! Qu’est ce que j’allais faire à présent ? Je comprenais mieux sa disparition incompréhensible et soudaine.
Me laisser seule, en plein Mexique, sachant tout juste tenir une conversation ! Heureusement j’avais mon passeport, je n’allais pas stagner dans ce pays où je risquais à tout moment me faire égorger. Mais au fait, où était-il ? Un doute un seul me serra la gorge. Dans un élan, je me jetai pour vérifier notre planque.
Rien !
Une fois encore, je m’écroulai, anéantie. Seule, avec tout juste quelques pesos de touriste, un tueur à mes trousses, j’étais foutue. Dans un dernier sursaut, je vis mon portable clignoter à l’image d’un phare dans la nuit. Un message laconique de … Paul !
« Lucie, je sais je suis un con, inconscient. Ne t’inquiète pas, je vais te sortir de ce guêpier. Plus d’explications bientôt. Taime toujours et encore. Paul »
Quel imbécile ! Il pensait peut-être que ce texto allait agir comme un tranquillisant. J’étais tellement énervée que j’envoyais valdinguer tout ce qui passait à ma portée. En larmes, je me jetai en travers du lit, seul et unique refuge dans cette chambre qui me paraissait de plus en plus sordide.
Une fois calmée, je composai le numéro de Paul, priant tous les Dieux pour qu’il réponde.
Cinq sonneries, son répondeur, sa voix… curieusement et malgré mon désespoir, je me sentis apaisée. C’est idiot comme parfois, quelques mots banals vous font reprendre le contrôle dans des situations extrêmes.
Mais au fait, le contrôle de quoi ?
A cette heure, le mystère reste entier au bout de ce message.
Ω Ω Ω
- Pssst ! Lucie !
- Heuuu, oui, quoi… Paul c’est toi ?! Espèce d’infâme pourriture, saleté, sale bête, mais pourquoi m’as-tu fait ça ?
- Ne perds pas de temps, viens ! Rassemble un minimum d’affaire, les passeports je m’en charge, nous repartons pour la France.
- Ça ne t’étouffe pas ?
- Je n’ai pas le temps de t’expliquer.
Pendant que Paul s’agitait, balançant en vrac quelques affaires de Lucie, elle de son côté faisait sa tête de mule. Il finit par l’attraper brusquement en l’empoignant et la poussant vers l’extérieur.
Ω Ω Ω
Je sais qu’elle n’a pas tort, je n’aurais jamais dû l’entraîner dans cette histoire. Quand j’ai accepté de venir en sous-marins à Ensenada, je devais être seul. Premières règles de sécurité pour ne pas se faire repérer : téléphoner que pour les urgences, se tenir à tel endroit à telle heure selon un plan bien établi.
Je n’avais pas prévu cet attachement, le besoin que Lucie soit près de moi en permanence. Je savais que j’allais passer un mauvais quart d’heure quand Diego allait apprendre l’entorse au programme, la réunion du conseil allait être houleuse.
J’avais bien fait de graisser la patte du groom de l’entrée. Avec sa mine blafarde et son œil fermé, il avait bonne oreille. Sa rapidité à me joindre lorsqu’il avait vu Carmino Gonzalvez entrer dans l’hôtel, demander la chambre « 8 », il avait eu une judicieuse idée. La première main de Mattéo en personne, prouvait que nous avions touché juste en subtilisant ces bordereaux numérotés. Ils correspondaient tous à un coffre différent. Leur contenu permettrait au groupuscule du « Soleil Noir » d’ouvrir la porte maîtresse.
Ω Ω Ω
- Ça ne te suffit pas de me mêler à tes histoires, il faut en plus que tu me fasses mal ! Je me demande encore ce qu’il m’a pris de te suivre. J’imaginais que tu étais « un peu » amoureux… même pas ! Si je comprends bien, j’ai servi d’appât.
- Tais-toi Lucie, tu ne sais pas de quoi tu parles !
- J’aimerais bien que tu me l’expliques… je connaissais le lieutenant Paul Stalano de la SRPJ de Marseille, mais pas l’agent secret !
- Heum, heummm…
- C’est tout ?
- Oui (…) nous arrivons à l’aéroport. Puisque tu veux en savoir plus, nous allons jusqu’à Guadalajara,
puis, nous prenons un hélico pour nous rendre à Corte. Là, tu seras obligée de rester pour ta sécurité.
- Merci de ta sollicitude et de m’informer ! Des vacances de rêve… c’est bien ça que tu m’avais promis ? Et, je pourrais retrouver mon appart’ quand ?
- Je ne sais pas encore. Tout dépend de la suite des évènements, et de ce que le conseil décidera.
Ω Ω Ω
Je ne savais vraiment pas dans quoi Paul avait mis les pieds, je comprenais qu’il n’avait pas prévu l’écharde que j’allais être pour lui.
J’ai toujours eu une vie relativement paisible, avoir croisé la route de Paul avait tout changé. Il me répétait souvent que les contraires s’attirent, j’avais bien envie de le piquer aujourd’hui en lui disant :
- Jusqu’à un certain point !
Lorsque j’avais croisé la première fois son regard de braise, son air moqueur et fier, malgré les encouragements de Claire à aller vers Paul, j’avais consciencieusement passé la soirée à l’ignorer. Pourtant, lorsque son attention se posait sur moi, je sentais à intervalles réguliers une brûlure sur ma nuque. Ce n’est que bien plus tard, alors que je m’étais éloignée de cette agitation mondaine, que Paul s’était trouvé sur mon chemin.
- Un long moment que je vous observe. Vous mentez très mal !
- Je mens ?
- Je ne vous ai rien fait, même pas un semblant de drague, et vous faites mine de m’ignorer comme si j’étais une « croûte » de mauvais goût.
- C’est votre définition de la femme fausse… ne serait-elle pas tout simplement méfiante ? Que dois-je faire pour être la femme parfaite ?
- Accepter de partir d’ici et venir profiter de la vue magnifique sur la mer que j’ai chez moi. J’ai un excellent Porto, si ça vous dit ?
- C’est ce qui s’appelle ne pas douter de soi ! Un bon café fera l’affaire…
- J’ai ça aussi en magasin.
Paul m’avait pris la main, j’avais compris à cet instant précis, que mon destin ne se jouerait plus sur le même tempo.
Ω Ω Ω
Nous étions installés dans l’avion depuis quelques minutes, j’étais fébrile. Ne pas entendre parler Paul, lui qui pouvait passer des nuits entières à confier tout ce qui le hantait parfois, me déstabilisait. Je savais que nous avions à effectuer quelques heures de vol, la nuit avait été courte, je glissai dans un sommeil agité.
Ω Ω Ω
Elle était belle Lucie quand elle se laissait aller. Combien d’heures avais-je passé à la regarder dormir ? Entre femme et enfant, ado & femme fatale. C’était une sacrée rebelle qui n’avait jamais accepté que quelqu’un la dirige. Imprévisible tant dans ses colères que dans ses silences, elle pouvait être d’une douceur et d’une tendresse infinie.
Depuis la mort de ma femme, je n’avais plus regardé personne. A ce jour, je ne sais toujours pas quel avait été le déclencheur pour que mon cœur se remette à battre pour quelqu’un. Lucie était physiquement à l’opposé de Graziella, nous n’avions rien en commun. Seuls nos sales caractères, nos regards fiers qui ne baissaient jamais la garde, un sens de l’observation et de la curiosité, nous avaient fait avancer et continuer ensemble. Notre première nuit d’amour avait été une véritable révolution, une révélation tant pour elle que pour moi. L’accord parfait entre un homme et une femme que tout aurait dû séparer.
Ω Ω Ω
Le tremblement de l’appareil me fit augurer l’atterrissage à venir.
- Lucie ! Lucie ! Réveilles-toi, nous sommes arrivés.
- Huuuum…pas trop tôt ! Ton autre « carrosse ailé » nous attend ?
- Je vois l’hélico. Il ne faut pas perdre de temps ici.
- J’ai bien compris.
- Plus vite nous serons arrivés à Corte, plus rapidement nous serons en sécurité.
Nous faisons tous plus ou moins semblant. Nous tournons, nous retournons dans notre microcosme, à l’image de fourmis qui s’agitent dans une fourmilière. Occuper l’espace, être présent de toutes les manières, prouver au monde entier nôtre existence.
Je fais partie de ce va-et-vient des temps modernes.
S’agripper au train en marche, surtout ne jamais décrocher son wagon de la file au risque de disparaître aux yeux de la foule passante. Celle qui ne se voit pas, ne s’entend et ne se touche pas.
Une infime parcelle de ce monde arrive à s’extraire et faire le pas de côté. Quelques privilégiés se vantent de ne pas se mélanger. Propriétaires de petites coupures épaisses, héritiers de comptes écus sonnants et trébuchants.
Moi, je te parle d’amour, de ciel, de couleurs, de lumière, de fleurs, du jour, de la nuit, soleil ou lune, étoiles et battements de cœur, parce qu’écrire me fait du bien, les mots, antidote au venin de ma vie. Oh, elle n’est pas pire pas mieux que le tout un chacun, juste un peu plus douloureuse. Cicatrices anciennes, récentes, qui laissent certains jours quelques traces plus visibles. Pour les atténuer, je préfère te parler de pluie, du temps, me perdre ou me noyer dans la beauté des autres.
Quelques instants de répit, c’est toujours ça de pris sur ma mélancolie.
Le comble dans tout cela, c’est qu’ils pensent que ma vie est belle, parce qu’au-delà du miroir, celui que tu ne vois pas, celui que je ne raconte pas, je ris. Souvent, régulièrement, pour un oui, pour un non, pour un rien. Mon noir à l’âme a besoin de cette échappatoire, cette andrône invisible, c’est affaire d’équilibre.
Toi ou toi, tu crois que je m’amuse, je joue un « rôle théâtre » afin de me démarquer. A vrai dire, j’en viens à me demander si tu n’as pas raison.
Malheureusement vois-tu, je n’ai pas le profil.
Hier, la petite m’a dit « mon dieu que vous faites jeune »… j’aurais voulu la croire, ma tête, elle, hurlait « mais tu te fous de moi ! » Telle une provocation ou bien pour m’emmerder, trois fois la damoiselle me l’a répétée.
Je me suis tue, j’ai souri.
Les prisons ne se trouvent pas toujours là où l’on imagine. Il suffit de si peu pour déposer la première pierre à l’édifice. Les jours avancent et font des fils d’années. Tu t’aperçois alors que cette liberté rêvée a comme l’horizon.
Cher amour je t’envie.
Tu peux te retourner, tu sais ce que tu as fait. Le travail accompli, le plaisir que tu as pris, le sentiment profond de ne pas avoir été qu’un acteur du grand vide.
Mon scénario perso a été agité, compliqué, il m’a usé de larmes, d’inquiétudes, de peur, de fatigue, de tout. Mais en définitive, le bonheur, le vrai, celui qui te pousse le matin à te lever, te coucher heureux parfois même content, je ne m’en souviens plus. À peine un souvenir, un halo transparent, perdu dans le brouillard de ma jeunesse fanée.
Tu comprends maintenant pourquoi je suis ce train.
Il ne mène nulle part, j’en suis bien trop consciente. Il est pour moi un filtre, ne pas être un déchet dont on finira tôt ou tard par se débarrasser sans autre forme de procès, en disant « allez hop, du balai ! »
Il y a des nuits, il y a des lunes, qui courent et qui chantonnent.
L’écho disait qu’elle serait plus grande, plus brillante, plus étincelante, la mienne m’a aveuglée. Je dis « la mienne », car depuis ce matin j’en ai vu des multiples.
A l’endroit, à l’envers, sur le côté, bosselées, craquelées, emberlificotées. Du coup, j’ai trouvé que celle-ci ressemblait à un phare, un ovni, un grand trou blanc qui déchirait un voile dans la nuit.
Pourtant, nous nous rappelons tous deux de chaque pierre, le moindre scintillement de surface.
Au détour d’un simple entre-deux, un instant passager de rêverie, je vois apparaître l’empreinte d’un souvenir, le tien, le mien, le nôtre, peu importe.
Parfois, je m’interroge sur ce présent qui nous emporte au gré du vent et des courants.
Se fout-il royalement de nous…
Sans se préoccuper des coups de griffes qu’il fait sur nos cœurs fragiles, il continue d’écrire et fredonner cette rengaine lancinante qui ricoche et vient nous trouver à intervalles réguliers.
Il fut un temps, une ligne d’horizon me laissait espérer. Ce jourd’hui, je ne sais plus de plus. Demain, pour qui veut savoir, se réalise pour les uns, pour les autres. Demain, pour toi, pour moi, je n’en sais rien de rien.
Je vis au jour le jour et d’heure en heure, tel un drapeau pavoise à tribord, bâbord, et cætera.
Que pouvais-je faire à part suivre tant bien que mal les ondulations d’un temps qui n’en finit pas de courir sans moi. Il me laisse immobile au bord de l’Ô du lac porteuse d’aucun message véritable de toi.
Je ne supporte plus cette absence de chair, cette absence de corps, sans le parfum de ta peau, l’étreinte de tes bras. J’ai beau essayer, faire comme si, je n’y arrive plus, je n’y arrive pas.
Trois heures cinq du mat, tu vois, je ne dors pas et ce n’est pas de moi, je pense encore à toi. Qui des deux arrivera à briser nos travers et nos chaînes, pourra nous délivrer de cette séparation sans violence et sans haine.
“J’ai tant besoin de toi, je crois bien que je t’aime. Non ! Ça, j’en suis certaine…”
Ce n’est jamais trop tard. Je l’aime avant de le connaître.
***
Il y a quelques jours, quelques nuits, tu m’as dit : « il n’est jamais trop tard ».
Petite phrase anodine, qui, l’air de rien, continue aujourd’hui à faire son chemin. Sans doute as-tu raison . Tant que mon cœur bat vers toi, l’impossible n’existe pas.
Je persévère donc vers ton soleil rose, installé comme chez lui, à l’intérieur de mon esprit. Croire en moi comme en toi, envers et contre tous. Ces « tous » qui ne manquent pas de rire et sourire sous cape. Ah, si seulement le destin avait la bonté d’entendre mon appel.
Les curieux qui m’entourent veulent savoir qui tu es, si tes traits sont à la mesure de leur imagination. A vrai dire, peu m’importe tous ces détails sans importance aucune. Il y a longtemps déjà, j’ai jeté ces appâts qui pouvaient m’attirer. Ils ne sont à mon goût, que de la poudre aux yeux, un éclat de lumière pour effacer les ombres.
Rappelle-toi cher amour, quoi qu’il arrive, je t’aime, je t’aimerai bien avant de te connaître.
Qu’ai-je donc fait pour mériter cette peine, avoir besoin de toi comme tu as besoin de moi, tout le temps, à chaque instant, où que je sois, au milieu de tous, seule ou dans mon silence.
Étrange situation que sentir cet amour sans l’avoir près de soi.
Qui suis-je, que fais-je, où suis-je, où vais-je.
Tu connais tout, l’essentiel, tout ce qu’il te faut savoir. Plus-tard, tu découvriras plus et même plus encore.
À la fois si semblables et différents parfois. Lorsque je pense te perdre, tu reviens plus présent. En quelques mots, en quelques phrases, tous mes doutes s’éloignent, s’effacent, disparaissent loin, bien loin.
La question reste entière, immuable, éternelle.
“Comment pouvons-nous toujours, autant, toujours autant si fort s’aimer…”
Tout à l’heure, l’ami m’a dit qu’il fallait être « la gomme qui efface Dame La Tristesse ».
Sur mon tableau noir, se pose aujourd’hui un peu de blanc de gris et surtout du rouge. Rouge de mes colères, rouge de mes galères, rouge de mes cris, tous contestataires.
C’est bien beau tout ça… je n’ai pas le pouvoir de tout effacer.
Juste de quoi déposer un petit bout de rose, pour un peu de douceur, un coin de vert espoir, pour des jours meilleurs, un revers de ciel bleu, pour que tu me voies un peu, quelques scintillements, de jaune soleil, de petites étoiles, qui font battre les cœurs.
Mais comment tomber, tout complètement, tout parfaitement, mon rideau de soie noire ? Comment faire paraître tout un paysage, une bulle d’oxygène, un bout de printemps ?
“Oui, j’ai pris la gomme, mais c’est le crayon qui a dessiné le point de solution.”
Quand je les vois s’agiter comme des milliers de poissons, je trouve légitime de me poser quelques questions.
Dans mon coin, je rumine toutes mes vieilles histoires. Tu sais, celles qui te rendent aigrie et te donnent envie d’être vulgaire.
Perdue au milieu d’eux, je ne suis qu’une anonyme. Ils me paraissent pour toi être des grands, des beaux, des intimes. Ceux qui savent, connaissent tout de ta vie, alors que je ne suis rien, mais vraiment rien de rien. Juste une passante qui t’aime parmi des milliers d’autres.
Ne te trompe pas.
N’imagine pas que mon cœur navigue au gré des vagues. Il maintient depuis toujours le cap dirigé vers toi et ton cœur dans la nuit.
Certes, il y a des souvenirs dont j’ai du mal à me défaire, mais ils m’ont fait entendre que leur vie est ficelée. Le comble dans l’histoire, c’est que depuis le début, c’est aussi grâce à eux que mon fil amoureux a fini par te toucher.
J’oubliais, je ne suis rien et toi, tu es tellement.
Comment « un petit poisson, un petit oiseau » peuvent-ils s’aimer dis-moi ?
J’essaye de tout mon cœur de prendre du recul, me dire que toi et moi c’est irréalisable. Rien à faire je ne peux pas, je ne veux pas, et puis tu viens me chercher. Tu relances la roue, quand je la pense cassée.
Je te l’ai déjà dit, que faut-il faire ? Hurler, crier, taper des pieds, renoncer ? Ça, jamais !
Si un jour, pour une raison valable tu devais tout briser, n’attend pas pour le faire.
“Il y a bien trop longtemps, mon cœur est trop fragile, il a bien trop pleuré…”
A trop penser on pense tout, mais on ne panse pas ses doutes. Le silence, ce grand salaud, est le cœur du problème. Si tu étais près de moi, je saurais. Nul besoin alors de me creuser la tête à tout imaginer.
Tu étais dans ta vie, nul doute à cent à l’heure, je ne te fais aucun reproche. Une fois encore, la grande idiote, c’est moi.
Je vais commencer bientôt une nouvelle histoire. Je ne sais pas trop ce qu’elle va m’apporter, sinon qu’elle m’est plus ou moins imposée. J’ai choisi son lieu, tu vois, c’est déjà ça de gagné, mais finalement, je n’en connais que les contours.
Le contexte emmêlé où nous sommes tous pris, comme des insectes collés dans une toile d’araignée, n’apporte pas vraiment de quoi sourire. Ils ont beau répéter de belles phrases toutes faites, lister quelques conseils à suivre, le noir domine goguenard le rose. Il y a tellement longtemps que je n’ai ressenti cette insouciance de jeunesse, j’ai l’impression d’être une condamnée à mort. Je ne suis pourtant pas dans la pire des situations, je survis parmi tous et à côté de milliers d’autres. Il suffit de tendre l’oreille, à demi-mot, nous tenons tous à peu près le même discours. Certes, nous n’avons pas tous la même place sur les barreaux de l’échelle, mais au final, nous sommes égaux quant à ne pas être heureux.
Et j’avais beau me persuader qu’il ne faut pas me laisser abattre et tomber dans ce vide sans couleur, sans parfum, sans sourire, sans amour, rien à faire, l’instant de douceur ne dure jamais très longtemps. Je me recroqueville à l’intérieur de ma coquille, avec cette impression pesante d’être la mauvaise herbe dont tout le monde se fout, qui encombre l’allée, qui sera tôt ou tard débarrassé, mise au rencart, en attendant d’être jeté.
Ils pensent tous que je me désintéresse, que je ne les entends pas lorsqu’ils crient ou s’énervent. En fait, tant bien que mal, je me protège, ils me terrorisent.
Comme le roseau, je résiste en pliant sans rompre, mais j’ai de plus en plus de mal à tenir mes racines.
Ce tunnel est interminable, il me parait sans fin, sans fin et sans issue.
Même si je suis pour toi, juste « ton insignifiante », la pauvrette de passage, celle qui ne mérite rien, même pas que l’on s’arrête à peine un court instant, pour moi tu es le seul à qui me raccrocher.
Ce petit coin de rêve que nous avons tous planté à l’intérieur de soi, et qui nous fait tenir face à toutes ces bourrasques, ces tempêtes impossibles.
S’il m’arrive de croiser régulièrement des sujets de la gent féline, ils sont en général méfiants, voire plutôt fuyants. Celui-ci ne l’était pas du tout, plutôt du genre causant.
Alors que je passais d’un pas vif, je vis arriver à pattes abattues Mister Tigrou tigré.
- Olaaa, olaaa… halte là petite ! Je n’ai que trois pattes valides, regarde de plus près, je ne peux plus ce « patin » poser.
Ce n’est pas tous les jours que je suis ainsi interpellée. Je m’approchai fissa de l’énergumène qui, à tous les vents miaulait.
- Montre-moi ça Monsieur « Patte de Chat » ? - Je te montre, mais je ne regarde pas. - Tes patins roses sont noirs, où es-tu donc allé ? - Ça, petite, je ne te le dirai pas, chacun sa vie privée. - Très bien « Patte de chat », tu sens la feuille brûlée. De ton pas nonchalant, aurais-tu voulu jouer ? - Jouer, jouer, tu es un fin limier, à cause de feuilles en flamme, mon patin a cramé. - Je ne peux rien pour toi. Je vois d’ici ton maître, lui pourra te soigner. - Pfff, je ne peux compter sur toi, il ne sert à rien de jouer la belle intéressée !
“Et voilà comment « Patte de chat » m’a cloué le bec, en s’en allant plus loin miauler.
N’oublie jamais, il y a toujours un porte-bonheur qui va et vient tout près de toi. Quand tu penses que tout s’écroule, il vient à toi sous différentes formes.
Cette jolie « cacarinette » en est un.
Quand il le faut, elle vole plus haut, plus vite et plus loin que ne peuvent le faire tes pensées.
Prend bien soin de ne pas passer à côté en l’ignorant, un jour, elle sera ta protection.
Nous étions tous là, sans être là, à nous regarder en chien de faïence, chacun dans nos vies.
Je voulais me sortir de ce merdier. Or, plus les jours passaient, et moins je me sentais la force d’y arriver.
Le moral n’est pas étranger à cet état de fait.
Depuis plusieurs mois, l’amoncellement d’évènements qui obscurcit mon horizon me laisse sur les rotules. Mon corps a beau faire de la résistance et jouer au costaud, il accuse maintenant les coups et me renvoie la balle. Il me faut le retaper, le surveiller plus que de mesure si je ne veux pas m’écrouler & crever.
Anxieuse de ce que va me dire la «machine exploratrice».
Pourquoi a-t-il des ratées ? Pourquoi les médicaments ne régularisent pas le tempo ? Pourquoi en seulement trois mois j’ai perdu cette vitalité ? Pourquoi cette inconstance qui m’empêche d’avancer ?
Pourquoi, oui, pourquoi …
La vieillesse ne peut même pas prendre à sa charge l’accusation car elle n’est pas en cause. Pourtant, la vieillarde qui a pris mon corps et mon esprit m’anéantit.
Comment rester crédible au regard des autres ?
Aujourd’hui, c’est le printemps.
Je me sens comme une branche qui fût un temps était solide, souriante de fleurs. Après une gelée blanche, la sève s’est glacée, les pétales sont flétris.
“ L’arbre est encore vivant, il ne comprend pas ce qui le paralyse …”
Il y a des « à quoi bon que j’ai » du mal à digérer Il y a des « à quoi bon que je » n’accepte pas Il y a des « à quoi bon que je » ne veux absolument pas Il y a des « à quoi bon que je » prends en grippe Il y a des « à quoi bon que j’ai » envie de tordre le cou Il y a des « à quoi bon que je » voudrais oublier Il y a des « à quoi bon que je » n’oublie pas Il y a des « à quoi bon qui » me font mal, voilà, juste là
Il y a des « à quoi bon qui » me donnent envie de disparaître Ne plus réapparaître.
Qui est-on pour soi ? Qui et que suis-je pour toi ? Pour lui ? Pour l’autre ?
“A la fin, de toute façon, je me dis toujours « à quoi bon »…”