Tu gardes tout en toi
Pourtant faire confiance prend parfois beaucoup plus d’importance que tu ne le crois.
Une seule personne suffit à faire entrer le soleil.
S’étendre, se répandre à un cœur qui ne connaît que le bonheur ne te t’apportera jamais le doux repos de l’âme.
Tu me demandes pourquoi je suis tant à l’écoute, tout comme un animal, à l’affut, chaque sens en éveil & le corps en déroute. Sans doute aurais-je voulu que l’on soit là pour moi. L’a-t-on été vraiment, ça je n’en suis pas sûre, présences de surface qui ne m’aidaient en rien, frêle rambarde face à des vents violents. Mon sillage, zigzags irréguliers, en pointillés est un rappel griffé d’une partie de ma vie, pincée de mon passé, quelques coups de canif pas encore cicatrisés. Je ne serais jamais toute lisse, à l’image des merveilles d’Alice. Quelques cartes à pique se sont mises en travers. Apparences trompeuses, bleu regard romantique, rouge noir acier intérieur, parfois trop rose vif pour être toujours rose tendre.
Trop seule, trop triste, trop renfermée, trop compliquée, trop tout, tu fais hum hum… je sais !
Solitaire c’est sûr mais je l’ai bien cherchée, je récolte seulement ce que j’ai bien voulu semer pendant de nombreuses années de franches dégringolades. Quand j’ai pu remonter, voulu re’respirer, c’était comme un vertige, rien n’était plus pareil, tout était transformé. Je ne trouvais plus mes marques, mes repères décalés, décadrés, supprimés, déchiquetés, jetés en direction tout droit vers le panier. Les mots mariés, divorcés, séparés, cassés, partis, enfuis, détruits balançaient sur un fil comme des condamnés. Après autant de temps, d’années, je voulais profiter, m’amuser comme avant retrouver tout ceux que j’avais quittés. Douces illusions perdues, on ne retrouve plus ses souvenirs d’enfance ou ceux d’adolescence, voire de grande adolescence.
J’ai donc reconstruit une autre vie, certes bien différente, qui peut surtout surprendre tous ceux qui m’ont connu. Casser un pan de sa vie d’une manière d’une autre, c’est brisé, même si tu veux recoller, rien à faire les fissures sont là, s’infiltrent les courants d’air, les courants d’eau se transforment les jours de mauvais ciel, en immense rivière. Aucun barrage ne peut arrêter son cours, il faut laisser glisser, rouler, s’entortiller, la limpide enchanteresse finit par se tarir, se taire et se calmer.
Les belles paroles ont de l’effet sur toi, ou toi à moins que ça ne soit toi aucun impact sur moi. Rien ni personne n’est venu me prouver que j’avais tort. Seul le lien de l’ailleurs s’est fait vraiment présent, sans que je ne fasse un seul geste pour ça. Conversations étranges, certains diront folie, après tout ils ont raison de dire, pas très normal comme affaire, si ce n’était pas moi, je ne le croirais pas.
Et l’amour dans tout ça ?
De qui me parles-tu, si c’est du grand vois-tu, il est comme l’horizon. On me dit qu’il est deci où même deci de là, qu’il voyage par ici, il se pose par là, ou bien il prend la fuite, il s’en va vite vite. J’ai cru le voir de loin, une fois j’ai bien cru qu’il était à mes portes. Ce n’était qu’un trompe l’œil, et l’on ne me l’a fait pas.
A part ça tout va bien, j’écris au déversoir, personne n’y comprend rien, je me dis tant pis ça ne fait rien.
Je te raconte tout ça, je ne sais pas pourquoi. Un temps en demi-teinte, un vent doux de l’automne où le soleil fredonne un air que le gris des nuages capture et emprisonne. Ne t’inquiète pas tu vois, le tic tac de mes pensées, le tempo de mon cœur continue à battre pour quelques mots en vrac qui sont venus se poser comme ça, tout à trac.
© Texte Nathalie K.

