Jean Patrick Capdevielle

Quand j´ l´ai vue traîner le long de mon avenue

Malgré ma canne blanche, je l´ai vite reconnue
Avec ses yeux peints couleur mélodrame
On fait tout c´ qu´on peut du temps et d´ son âme

J´attendais la nuit à l´ombre de l´usine
J´ regardais ma vie comme un vieux magazine
Le vent était chaud, le ciel plein de rouge
Elle marchait sur un bateau qui bouge

Elle est v´nue vers moi pour m´apprendre mon rôle
Quand ma solitude n´était vraiment pas drôle
J´ai senti l´orage quand ma voix s´est cassée
Mais déjà je dansais comme un clown sur la trace de Salomé

 


Y avait dans son lit quelques cartes égyptiennes
Elle m´a demandé de deviner la mienne
Plongeant dans mes yeux, elle jouait les sirènes
Moi j´étais son fou, elle était ma reine

Avant de sortir, j´ai volé toutes ses cartes
J´en f´rai des souvenirs pour ses amants qui partent
Elle semblait dormir, j´ai cru qu´elle rêvait
Ma chance est fragile, fallait pas l´user

En sortant, c´est marrant, j´ai pas fait de vacarme
Mais j´ai vu ce fou s´ pendre au signal d´alarme
Une fois dans la rue, j´ai enfin respiré
Il pleuvait mais le vent de minuit a chanté pour Salomé

J´entends l´ pauvre Oscar appeler saint Jean-Baptiste
Pour lui demander si l´ temps qui passe existe
Sur le bord du puits, quand l´autre a maudit
L´ombre en plein midi, personne n´a compris

Oscar est parti sous la nuit d´équinoxe
Il a juste laissé sa paire de gants de boxe
Tout était en place, le rideau s´est l´vé
Les juges ont crié : Place aux condamnés

Tout ça peut paraître une bien étrange histoire
La morale est loin dans l´ fond de ma mémoire
Une bille a sonné comme un vieux bouclier
Quand le vent tournera qui venait me parler de Salomé.

 

Jean-Patrick Capdevielle

 

Ω Ω

Ecoute un peu mes mots...

Elle parle jamais d´hier, pour elle demain c´est trop loin
Elle peut pas tomber, y a rien qui la protège
C´est juste une collectionneuse de sortilèges
A minuit quand tous ses bracelets sonnent
Elle est comme personne

Quand le soleil qui plonge à la fin du jour s´élance
En reflets chiffonnés noués sur ma vitre,
La buée de sa bouche enfièvrée m´évite
Même le silence me crie "Abandonne!"
Elle est comme personne

 


Ecoute un peu mes mots
T´en vas pas, petite,
Toutes mes forces me quittent
J´ai jamais voulu te voler
Ni t´arracher
Les haillons, les larmes et les chaînes
De tout ce que t´app´lais
Ta liberté

J´ose pas me regarder dans l´eau que ses mains retiennent
Elle dit "De quoi t´as peur?" et mon orgueil explose
Les portiers de ma raison se sauvent
Le jeu de ses doigts m´emprisonne
Elle est comme personne

Quand tout l´monde est courbé sous le vent des fausses nouvelles,
Quand les écrans des théoriciens malades
Vomissent leurs mots venin, elle s´évade
Quand le vent muet tourbillonne
Elle est comme personne

Ecoute un peu mes mots
T´en vas pas, petite,
Toutes mes forces me quittent
J´ai jamais voulu te voler
Ni t´arracher
Les haillons, les larmes et les chaînes
De tout ce que t´app´lais
Ta liberté


Moi j´avais seulement connu deux ou trois nuits clandestines
Et soudain mes passions soldées carillonnent
Ma cour est vide et mon escalier résonne
Elle reprend jamais les pleurs qu´elle me donne
Elle est comme personne

Elle a jamais d´mandé l´brouillard de mes serments vides
Et quand j´ai mal j´me plains pas d´la brûlure
J´suis venu seul à g´noux devant sa serrure
Quand mes derniers espoirs plafonnent
Elle est comme personne.

Ecoute un peu mes mots
T´en vas pas, petite,
Toutes mes forces me quittent
J´ai jamais voulu te voler
Ni t´arracher
Les haillons, les larmes et les chaînes
De tout ce que t´app´lais
Ta liberté...

 
Jean-Patrick Capdevielle